LE GOUT DE LA VIE DANS LE LAURAGAIS D'AUTREFOIS

Par Alfred CAZENEUVE.

Ce texte est extrait du livre de Mr Alfred Cazeneuve "le goût de la vie dans le Lauragais d'autrefois".

A travers une série de textes courts, nous retrouverons ce qu'était la vie du Mas, petit village agricole du Lauragais dans les années 1930, rythmé par les fêtes religieuses ou civiles. A travers les métiers, les travaux de la ferme, nous retrouvons une société conviviale et solidaire mêlant tous les âges.

 

La vie au Village

Dans ma plus tendre enfance, la vie au village avait un visage différent de celui de nos jours. Peu de distractions.De ce fait les fêtes avaient un caractère particulier et les repas de famille une certaine importance.

Les fêtes religieuses, païennes, les baptême, les mariages et les enterrements, même faisaient l'objet d'un rite. L'hospitalité était de règle. On offrait au visiteur, au voisin qui venait au foyer le verre de l'amitié. "bas Beoure un cop" (Tu vas boire un coup). Du vin, bien sur. C'était à cette époque la seule boisson utilisée couramment. Bière, limonade, apéritifs ne se consommaient qu'au café pour l'apéritif du dimanche, vers 11 heures et surtout à la sortie de la messe. Le règne de l'absinthe finissait. La cuillère percée dans laquelle on mettait un morceau de sucre sur lequel on versait l'eau fraîche pour le dissoudre allait rejoindre quelques années plus tard les ustensiles qui seront désignés "objets insolites".

La vie se déroulait calmement. Le train-train quotidien voyait les villageois se retrouver le matin à l'abreuvoir pour les agriculteurs amenant leur bétail se désaltérer, à la fontaine pour les ménagères, au lavoir pour les lavandières, là où les nouvelles et les commérages ne manquaient pas. Le petit cheptel, chiens, canards, poules faisait partie de la vie du village. Leur point de ralliement se trouvait à la mare communale qui occupait l'actuel emplacement du monument aux morts. Le monument aux morts érigé dans les années 1920 au centre de la grande esplanade ou se trouve l'actuel foyer rural avait été financé par une souscription locale et par une subvention de la commune. Les rues quelque peu désertes prenaient vie le matin à 10 heures (heure solaire). Le calme régnait entre le départ au champ et le retour tard dans la soirée. Les poules picoraient les crottins de chevaux à leur aise. Rarement une automobile les dérangeait ou les apeurait Ces bolides bruyants effrayaient même les chevaux. Seuls quelques châtelains ou gros propriétaires possédaient un voiture automobile, Le boucher avait quant a lui, une camionnette avec une remorque bétaillère...

 

La monotonie du village était quelques fois rompue par le passage de quelques mendiants ou gitans, "les gitanes" comme nous les appelions quand nous étions jeunes. "Minette", une clocharde nous rendait visite périodiquement. C'était l'attraction quand, à la sortie de l'école, le soir vers 4heures, le Père Anglade l'amenait passer la nuit en prison. Cette prison jouxtait la cour de l'école (la salle des jeux de l'école maternelle actuelle), Un bat-flanc, de la paille, une cruche d'eau et un quignon de pain attendaient la mendiante. "Minette" était devenue familière et n'effrayait pas les bambins. La pauvre femme se saoulait: quelques verres de vin suffisaient. Une boite vide de lait concentré lui servait de verre...

Le village vivait au rythme des cloches. La carillonneuse Mme Mitou, la jardinière, sonnait les trois angélus, le matin au jour,à midi et à la tombée de la nuit. Deux messes le dimanche. Pour chaque messe, le "premier" comme on l'appelait, annonçait aux fidèles que la messe commencerait dans un petit quart d'heure. le "deuxième" les invitait a se presser, on allait commencer. On sonnait les vêpres à trois heures de l'après-midi. Le mois de Marie, pendant tout le mois de mai, l'interminable "Laoudetos". La veille de Noël où les cloches sonnaient une bonne demi-heure et puis les baptêmes, les mariages et les enterrements.
Les cloches sonnaient à n'importe quelle heure de la journée pour annoncer un décès dans la commune: trois sorte de glas, un pour annoncer la mort d'un homme,un autre pour annoncer la mort d'une femme, un troisième pour la mort d'un enfant de moins de sept ans.....

Le carillonneur percevait un tout petit salaire du curé pour les offices religieux, et une somme de la part des habitants pour les baptêmes, mariages, sépultures. Il sonnait tous les offices, les trois angélus de la journée. Il avait aussi pour mission de faire payer les chaises situées au fond de l'église pou les hommes. Les femmes quant à elles, avaient payé leur chaise numérotée pour l'année. Il accomplissait cette tache avec beaucoup de soin, il n'oubliait personne et pour cause! Les sonneries d'usage terminées après l'élévation, il s'éclipsait pour aller savourer son apéritif dominical au café Lasserre. Il avait pour cela, bien machinalement prélevé quelques piécettes dans l'écuelle de la recette.

Edité à compte d'auteur, ce livre est disponible chez l'auteur Mr Cazeneuve rue de la mairie 11400 Mas Saintes Puelles

 

 

date de modification 1er mai 2005