LES RELIQUAIRES DE L'EGLISE DU MAS SAINTES PUELLES

St GRAT, St PLACIDE, St PRECIEUX, St PROBE.

Par Bernard Andrieu

Quatre reliquaires, de l'église du Mas Saintes Puelles, datant du XVIII° siècle, ont été restaurés en 2004. Ils ont pour nom : St Grat, St Placide, St Précieux et St Probe. Qui étaient-ils ? Pourquoi ont-ils été honorés ? Et pourquoi eux ?

Les traditions ecclésiastiques du Moyen Âge ont plus le goût des discussions philosophiques et théologiques, que celui des réalités objectives et de la recherche de vérité.

Les dates de martyres sont souvent fausses. Mort sous Trajan ou sous Dioclétien, on n'en est pas moins martyr. Cela n'altère en rien l'importance du personnage.

Plus gênantes sont les homonymies ou paronymies multiples qui font adorer un saint pour l'autre et cumulent des vies sans ordre ni ménagements, en laissant au bon soin des traditions populaires d'exalter les miracles qui portent remède au malheur des temps.

Les Vitae écrites par les moines, enjolivent leurs existences par de nombreuses légendes semées à tout vent par les traditions populaires et ecclésiastiques.

J.R Palanque, dans Histoire de la Provence (édition Privat) montre comment les moines de l'abbaye de Lérins exaltent les vertus de simples laïques tels que le jardinier Mitre à Aix, dont on a fait par la suite un martyr.

Dès les premiers siècles, le culte des reliques des saints évêques et des saints martyrs fut d'une particulière ampleur. On allumait des cierges, on baisait les reliques, et leur fête s'accompagnait de nombreuses veillées et de jours de jeûnes.

En marge des translations de relique, on peut imaginer, dans l'ombre, la main des contrefacteurs, des faux-monnayeurs de la foi, ou des gredins s'accoquinant avec des religieux privilégiant le temporel au spirituel.

Les reliques et la mémoire des saints étaient vénérées bien souvent pour leurs pouvoirs thaumaturges : saint Denis pour la rasclette (dermatoses), saint Clair pour les maux d'yeux (son nom faisant foi de ses pouvoirs) etc... (1)

 

Comme nous venons de le voir, il faut être très vigilant sur les connaissances que nous pouvons recueillir sur les saints.

GRAT

Cinq Grat sont répertoriés dans la vie des Saints (2) :Saint Placide et Saint Grat

  • Évêque d'Aoste vers le V° siècle, fêté le 7 septembre.
  • Grat, Grafus (agréable, reconnaissant en latin), évêque de Chalon sur Marne, mort, après 654, honoré le 08 octobre.
  • Grat et Marcel, prêtres à Forli, mort vers 400, fêté le 20 mars.
  • Premier évêque connu d'Oloron, au VI° siècle, fêté le 11 octobre.
  • Grat et Ansute, martyrisé. à Capdenac (?), fêté le 16 octobre.
    Honoré à Saint Grat, hameau de la commune de Vailhourles (Aveyron), martyrisé avec son compagnon Ansute, dans le pays qu'il évangilisé : Capdenac.
    Dans l'Aveyron, Grat, était un saint « psychiatre » : dans l'église de St Grat, le chamoine J. Touzery, rapporte dans Les Bénéfices du diocèse de Rodez, (1906) que, après les prières du prêtre, on coiffait le malade d'un casque symbolique.(3)

 

PLACIDE

Six Placide sont répertoriés dans la vie des Saints :

  • Placide, martyr, inconnu (?), compagnon d'Anastase. Placius (doux, paisible en latin) Moine à Messine au VI° siècle, martyr avec un de ses disciples St Maur, honoré le 11 octobre
  • Placide, bénédictin au Mont Cassin (VI° siècle), 5 octobre.
    Moine bénédictin (VI° siècle) il est mentionné par Grégoire le Grand, comme un disciple de St Benoit qu'il aurait sauvé d'une noyade au Mont Cassin. A la fin du XI° siècle, la « Vita Placidii » de Pierre Diacre, l'identifia avec un martyr sicilien homonyme et en 1588, la découverte d'ossements dans une église de Messine sembla confirmer cette illusion. Patron des noyés et des noviciats bénédictins. Son culte est en cours de révision.
  • Placide Riccardi (bienheureux), moine bénédictin, mort en 1915, le15 mars
  • Placide, abbé de Saint esprit du Val d'Ocre, mort en 1248, 12 juin
  • Placide et Sigisbert, martyr en Suisse (VII° siècle?), 11 juillet
  • Placide Viel, (bienheureuse), vierge, supérieure des Filles de la Miséricorde, morte en 1877, fêtée le 4 mars.

 

PROBE

Six Probe (latin Probus), sont répertoriés dans la vie des Saints :

  • Probe, évêque de Rieti, mort vers 570, 15 mars
  • Probe, évêque de Vérone (IV° siècle), 12 janvier
  • Probe et Germaine ou Grimonie, vierges, martyre à Laon (IV° siècle), 28 avril.
  • Probus, martyr en Afrique, mort en 437, compagnon d'Arcadius, 13 novembre.
  • Probus,évêque de Ravenne (III-IV siècle), le 10 novembre.
  • Probus, martyr à Anazarbe, mort en 304?, compagnon de Tharacus, le 11 octobre.
    Probus, Tharacus et Andronic sont les plus célèbres martyrs de Cilicie d'où leur renommée se répandit dans tout l'Orient.Au V° siècle, déjà on voit l'évêque de Mopsueste, Auxentius, bâtir une basilique en l'honneur de trois martyrs hors des murs de sa ville épiscopale et s'adresser à Anazarbe pour obtenir des reliques.

 

PRECIEUXSaint Probe et Saint Precieux

Il n'y a pas de Saint Précieux dans la vie des Saints. Ne serait il pas le Précieux Sang de Jésus ?

Nous pouvons établir une relation directe entre ces Saints, ils sont tous trois fêtés en octobre, le 11. Fête des Saintes du Mas : Les Saintes Puelles.

A l'occasion d'un événement important d'autres saints, ont pu être associés à la célébration des Saintes Puelles, afin d'augmenter le religieux de cette cérémonie. Le Précieux Sang est honoré ce jour pour les Saintes Puelles en mémoire du Précieux Sang de Jésus . Plusieurs manifestations ont accompagné la vie religieuse de la communauté,et plus particulièrement : lorsque notre village, du nom de Recaudum ou Mansus , prit le nom, à une date inconnue, de Mansus Sanctarum Puellarum, Mas Saintes Puelles. En 960, un alleu dans le testament de Hugues de Toulouse, mentionne déjà Mas Saintes Puelles (5).

Vers l'an 1460, Bernard du Rosier ou de Rousergue archevêque de Toulouse, et enfant du Mas Saintes Puelles, fit enlever les reliques de nos Saintes Puelles de la chapelle Saint Michel, les plaça dans une chasse en argent, et les exposa dans l'église de la paroisse.(6).

Les bénédictins ont dû jouer un rôle important dans la célébration des Saintes Puelles. Ils étaient présent dans le Lauragais, à St Papoul, Quiries, Montferrand, ainsi qu'à St Hilaire qui était une constellation de St Michel de Cuxa (7). Tautavel, appartenant à cette abbaye, honorait elle aussi les Saintes Puelles. De plus St Placide est disciple de St Benoît, fondateur des bénédictins.

Il y a eu pendant les Croisades (XI° au XIII° siècle) un engouement certain, pour les reliques. Les seigneurs apportaient avec eux, un « souvenir » de leur périple et faisaient don ou monnayaient leurs reliques auprès des autorités religieuses. Ce vif intérêt pour les reliques, s'est maintenu jusqu'à la première moitié du XX° siècle, ou ces reliques étaient encore vénérées. De nos jours, c'est plutôt la curiosité qui fait place à la vénération.

 

Je remercie l'abbé Biau à Labastide d'Anjou, qui m'as conforté dans mes hypothèses sur ce texte.

1°) Dictionnaire des nom de familles et noms de lieux du midi de la France. Jacques Astor, Edition du Beffroi 11/2002
2°) La Vie des Saints (ouvrage bénédictin)
3°) idem que 1
4°) idem que 2
5°) Notes sur l'église Cathédrale de St Papoul, et sur l'église collégiale de St Michel de Castelnaudary. L. Albert Marfan. Imprimerie du Sud Ouest. 1941.
6°) Histoire des Saintes Puelles et de leur culte. Abbé Emile Rous. Perpignan 1876.
7°) idem que 6

 

 

date de modification 23 Mars 2005