TOPONYMIE DES FERMES DU MAS

Par Louis CAZANEUVE

C’est en faisant l’arbre généalogique de ma famille que je me suis intéressé aux fermes du Mas, à leur nom d’origine, à leur toponymie.
Au Mas, nous avons la chance de posséder des registres paroissiaux qui remontent à Louis XIV et qui sont très intéressants car après la date de naissance, on peut lire le lieu où résidaient les parents et quelques fois le nom des parrain et marraine. C’est ainsi que j’ai vu que Monsieur Francois Andréossy directeur du canal en 1690 était le parrain d’un Cazaneuve dont les parents étaient éclusiers ou ouvriers du canal.

J’ai relevé sur le Mas 78 noms de fermes qui existent encore aujourd’hui mais dont beaucoup sont en état de ruine comme Jambert, Lauriel, Cesses, Bernardpeyre mais il y en avait bien plus avant la révolution comme le prouve la carte topographique de Cassini.
Ce sont Garnissol, Batut, Ganguise, Labereu, Cesses, Bouscatié, Jambert, la Mourgue Haute, Sainte Marie, le Passelis, Quiries, Bernardpeyre, l’Oustalou, le Bourgette, la Mourgue Basse, Pédebole, la Guarigue, l’Agnel, l’Escribau, l’Ourabou, Castillou, Boutaric, Bigorre, l’Abexen, les le canal du Midi à la DomergueColombiers, le Bourdic, Bordeneuve, l’Oucier, Tarrabot, le Canard, Montalivet, Petavy, En Flouret, la Beureze, Trillou, le Roc, le Petit Roc, Labeillou, le Medecin, Lamarail, le Baracou, En Fit, Carabule, Saint Jean, la Platrière, le Fournayrac, Latrie, Douanes, Martinis, Bernardis, le Petit Bernadis, le Planc, la Prade, Laurens, le petit Laurens, la Bourdette, la Tuilerie, las Brugos, la Jasse, la Petite Jasse, la Leze, En Calvet, les Carmes, les Remises, le Rastel, le Fort, les Tinels, la Domergue, la Petite Domergue, Ferrabouc, Malbouissou, Barrié, la Chamoise, Guillermis. On trouve facilement l’origine d’un bon nombre de ces propriétés.

  • Toutes celles qui commence par « En » particule honorifique qui s’employait devant les noms de famille ou les prénoms qui ont donnés le nom à la ferme. En Gil, En Flouret, En Calvet, En Poulastrou ( on disait aussi En Douane).

  • D’autres portent le nom du propriétaire : Bernardpeyre, Jambert, Lavail, Cesse. Les Cesse exploitaient de 30 a 80 hectares autour de la Ganguise et possédaient certainement à cet endroit un moulin pastelier.

  • D’autres fermes ont le nom du ruisseau qui est a proximité : La Leze, Ganguise.
    Au sujet de Ganguise il est mentionné que ce domaine était aussi un hameau où vivait une soixantaine d’habitants avant la révolution et bien après jusqu’en 1914 avec des problèmes de chemins.

Nous trouvons aussi

  • Des noms d’animaux domestiques l’Agnel, le Canard, les Colombiers, certainement qu’aux Colombiers il devait y avoir un pigeonnier.

  • Des noms d’outils ou de plantes : le Rastel, las Brugos (bruyère), Malbouissou (lieu avec des haies de buissons).

  • Des noms occitans :

    • Passelis –Passo lis qui passe sans s’arrêter-. Le chemin qui passe au pied de cette campagne était très fréquenté. Il servait aux habitants de la Piège dont ceux de Ganguise pour aller à Castelnaudary.

    • Pédebole –en occitan « al pé de la bole » – au pied de la colline. C’est moins explicite que Bramefam, Piquetalen, Crabonegado, Tortocrabo fermes de notre région.

On trouve aussi l’origine de certaines propriétés dans le nom même de la ferme : Bordeneuve, Bordevielle, l’Ancien, le Roc.

Il est plus difficile de trouver la toponymie d’un nombre assez important dont l’origine peut être latine ou occitane ou tout autre langage. En commençant par l’ouest nous trouvons :

  • Montalivet. D’origine occitane – « Montar » : action de monter, « levar » : élever ,ferme élevée, qui monte.

  • Trillou ancien nom Treillou. Tout comme Latrie ancien nom Latreille peut vouloir dire que ces fermes étaient entourées de treilles ou de tonnelles de vigne pour le raisin de table ou même de vignes plantées en treillages. Ce n’était pas rare d’en voir un peu partout dans nos campagnes.

  • La Berneze. Très certainement le propriétaire Berneze ou Verneze a donné son nom à la ferme.

  • Tarrabot ou Terrobot. On y retrouve « terra » : terre et « bot » qui peut être le diminutif de « bota » : chèvre. D’ou terre à chèvre. Effectivement jusqu’en 1948 on y a toujours vu des troupeaux de chèvres ou de moutons. Cette propriété qui appartenait à la famille noble Bertrand de Moleville possède un joli four à pain.

  • Bigorre. Le Bigorre est un ancien comté de France dont la capitale était Tarbes. C’est un nom d’origine basque Begorra de haigorra : rivière d’en haut. Si vous l’avez remarqué, il y a effectivement au sud de la propriété un ruisseau important « le Peyrat » qui n’est pas souvent à sec l’été et qui fournissait l’eau à la ferme et servait d’abreuvoir aux bœufs .

  • Labexen. Peut venir du vieux français « labech » (vent du sud-ouest) . Ferme exposée au vent d’autan.

  • Bouscastié ou Bouscatié. L’étymologie de ce nom doit être doit être « boscas » en occitan (grand bois) et « boscatier » (bûcheron). Lieu où devait vivre un bûcheron.

  • Garnissol. Anciennement sur la carte Cassini, l’orthographe de ce nom était Garrisol qui veut dire en occitan jeune chêne. Lieu ou devait y avoir des forets de jeunes chênes.

  • Rustan. De l’occitan « rusta » (rude, agreste). Où il est difficile de vivre. Peut aussi provenir du nom propre Rustaing qui avait en 1556 une métairie dans cette zone.

  • Batut; Peut venir de l’occitan « abatut » défricher, abattre des arbres pour dégager un espace de terrain pour construire ou cultiver. A l’époque il était recherché des terres profondes pour cultiver le pastel.

  • La Marail. Certainement la même origine que le Mares de la plaine d’Avignonet. Lieu de la plaine souvent inondée. Il faut dire qu’avant 1736 le Tréboul qui passait à proximité avec ses nombreux coudes débordait à chaque orage. Une rectification fut faite au frais des riverains de 1736 a 1739.

  • Carabule et la Garrigue. Ces 2 fermes portent certainement le nom de leur ancien propriétaire. Les Carabule et les Garrigue étaient de vielles familles protestantes du Mas. En 1570 deux consuls qui s’appelaient Bernard Carabulle et Bernard Garrigue prirent une part active à la destruction du couvent des Augustins. Cent ans plus tard ces familles se convertirent au catholicisme en même temps que mon ancêtre Raymond Cazaneuve.

  • Le Fournayrac. Vient du mot four. Sur la carte de Cassini, il s’orthographiait Fournairat – lieu où sont des fours : four à chaux ,four à plâtre. Aux archives départementales, on trouve le nom d’anciens propriétaires dans un compte-rendu d’audience du Sénéchal de 1692. Messire Henri de Beynaguet, prieur et seigneur du Mas demande paiement de cursives (redevances) qui lui sont dùes par le propriétaire Me Paul Martin avocat et dame Germaine de Vergues sa femme. Le Fournairat etait une ferme importante achetée par les Cazaneuve mes ancêtres en 1870.

  • La Planque. En occitan « palanca » , « palancha » au sens de passerelle ou passage sur un ruisseau ou rivière avec des planches. Presque toutes les fermes du midi qui portent ce nom sont construites au bord d’un ruisseau ou d’une rivière. Ici au Mas, c’est le Tréboul et dans plusieurs cas un moulin a existé au pied de la passerelle.

  • La Mourgue basse, La Mourgue haute. Le plus grand nombre de ces noms représentent l’ancien occitan « morgue » et plus généralement « morga » none. Les Mourgues désignaient bien souvent des couvents de moines ou de religieuses. Ici ces deux fermes étaient effectivement dans la région des prieurés de Quiries et Saint Jean de Cartel.

  • Quiries. C’est peut être les Quiders très ancienne famille noble du Mas qui ont donné le nom de Quiries. Quiries qui est un ancien prieuré bénédictin sous le vocable de Notre Dame avec l’église de la Bienheureuse Marie de Quiries dont nous avons trouvé l’emplacement ainsi que de l’oratoire et le cimetière.

  • Guillermis vient certainement du nom de Guilhermy, François de Guilhermy, fils d’André de Guilhermy et Françoise de Capella, député de Castelnaudary aux Etats Généraux. Ce fut le seul à ôter son chapeau au passage du roi de retour de Varennes, ce qui lui créa de nombreux ennuis.

  • Le Fort. De l’occitan « fort » forteresse. Ici propriété importante entourée d’un mur. Avant la Révolution cette ferme s’appelait Fort Soulier. Il y a dans le département six fermes qui portent ce nom.

  • Les Tinels. En occitan « tinel » petit cuvier, cuve à vin ,peut vouloir dire aussi cave. Tout le versant sud du plateau était planté de vignes.

  • Les Carmes. Ce sont les Carmes de Castelnaudary qui étaient propriétaires de cette ferme. Ils en cultivaient une partie pour subvenir à leurs besoins d’où le nom.

  • La Jasse. Peut venir du latin « jacere » être étendu, se reposer qui désigne l’endroit où on se repose où on se couche. C’était l’endroit où on enfermait le troupeau pour la nuit, la bergerie.

  • Le Médecin. Ferme dont le propriétaire était médecin. Il y avait deux familles.

  • La Doumergue. Ce nom viendrait de « Dominicus » Dominique. Le suffixe ancien évolua en « ergue » en occitan méridional. Il se peut que Saint Dominique ait séjourné dans cette ferme d’où le nom.

  • Ferrabouc. C’est le général Ferrabouch qui a donné le nom à la propriété. Ce général habitait Toulouse et avait choisi le Mas comme résidence secondaire. Pour la petite histoire, il avait une femme de ménage qui s’appelait Rose Tournié née à Pailhes (Ariège) en 1840 et qui s’est mariée à Louis Bertrand Cazaneuve le 9 juillet 1872.

  • Barrié. C’est le nom d’un chimiste né à Castelnaudary en 1765. Il organisa des ateliers de fabrication de poudre pour les armées de la Convention. Il mourut à Barrié en 1842. Barrié s’appelait Baque qui venait du mot « Vague ». Le V voulant dire cinq et ague « aqua » ou eau. Ferme aux cinq sources.

 

date de modification 10 novembre 2004